11. Ratification du traité de Lisbonne par le Sénat de République tchèque



Les sénateurs de République tchèque ont, eux aussi, ratifié le traité de Lisbonne le 6 mai 2009. Le président de la république Václav Klaus les a traités de lâches et a déclaré que les hommes politiques tchèques avaient failli.

Le rédacteur Martin Veselovský a débattu de ce thème le 7 mai 2009 au cours de l’émission « 20 minutes Radio-Journal de la Radio tchèque 1 » avec le vice-premier ministre tchèque Alexandr Vondra.

La transcription abrégée de cet entretien d’importance est la suivante :



Martin VESELOVSKÝ, animateur :
Monsieur le vice-premier ministre, commençons par une citation. « Voilà une bien triste preuve qu’une grande partie de notre élite politique a une fois de plus failli, tout comme nous l’avons déjà vécu lors de nombreuses situations semblables au cours de l’histoire tchèque. Nos hommes politiques se sont toujours trouvé des motifs aussi lâches. Nous sommes petits, faibles et nous n’avons aucune importance dans le concert européen. Il faut toujours que nous nous subordonnions même si nous ne sommes pas d’accord ». Vous savez indubitablement qu’il s’agit là des paroles du président de la République Václav Klaus. Ressentez-vous la même trahison que lors du traité de Munich dans le sens où il ne reste plus qu’à signer le traité de Lisbonne ?

Alexandr VONDRA, vice-premier ministre pour les affaires européennes, sénateur /ODS/ :
En aucun cas, et je pense qu’il est nécessaire de clairement refuser de tels propos. En fait, le sentiment selon lequel tous les européens sont des lâches, à l’exception de Václav Klaus qui lui seul est un véritable héros, est un sentiment qui ne reflète aucune réalité. J’ai plutôt l’impression que c’est Václav Klaus qui a failli à son rôle. Alors qu’il s’évertuait à obtenir la fonction présidentielle, il promettait qu’il ne serait pas un président activiste, pourtant ce qu’il fait aujourd’hui est bien de l’activisme. Un sentiment de mépris jeté sur la position des législateurs. Il faut admettre que, tout comme l'assemblée nationale, le sénat s’est donné beaucoup de travail pour examiner le traité. Cette analyse n’a pas pris que quelques jours en République tchèque, mais en réalité bien plus d’une année. Voilà qui est juste. Et hier le vote a eu lieu et ce vote a un résultat que Monsieur Václav Klaus devrait selon moi respecter.

Martin VESELOVSKÝ, animateur :
Il n’en reste qu’il a vraiment désigné de lâche l’élite politique tchèque dont les membres de la chambre haute font incontestablement partie, et qu’il a déclaré que cette élite avait failli. Et c'est bien là l'opinion de la tête de l'état. Cela ne cache-t-il pas quelque chose de plus important qu’un différend mesquin entre un parti politique et son ancien président d'honneur ?

Alexandr VONDRA, vice-premier ministre pour les affaires européennes, sénateur /ODS/ :
Je pense personnellement qu’il ne s’agit pas d’un différend entre un parti politique et son ancien président. Il faut quand même dire que le vote a eu lieu dans les deux chambres qui réunissent tout le spectre politique. Alors peut-être que Václav Klaus se retrouve de plus en plus en situation d’isolation face à la nation et à son élite politique. Quel que soit notre avis sur cette élite, c'est clairement la position de la majorité. Et je pense que le président, au titre de sa fonction constitutionnelle, devrait respecter cette position. C’est bien là ce qu’il promettait lors de ses candidatures répétées et je pense qu’il présente de plus en plus de difficultés à tenir ses promesses lors de ce deuxième mandat.


Ce traité est une sorte de compromis, 27 états membres se sont mis d’accord à ce sujet et 25 l’ont politiquement ratifié. Bien sûr, il faut encore que la Reine de Grande-Bretagne le signe, que le président polonais le signe, mais la procédure a déjà eu lieu dans tous les parlements et le traité a partout été approuvé avec une nette majorité. Ce traité est un compromis, il est impossible d’être totalement gagnant ou totalement perdant, mais pour nous, en tant que pays d’Europe centrale ayant vécu beaucoup de guerres et de conflits historiques différents dans lesquels nous n’avons jamais rien obtenu mais où nous avons bien au contraire toujours perdu, il est vraiment très avantageux d’avoir des règles respectueuses de chacun. Cela n'est pas un sentiment de défaite, ce n'est pas un nouveau Traité de Munich. Munich a été signé à notre sujet, mais en notre absence. Et j’ai bien peur que si nous nous mettions en marge de la politique européenne, si nous décidions de tourner le dos aux autres, alors c’est exactement cette situation, celle du Traité de Munich, qui se répèterait, parce que nous ne serions plus présents. Oui, le Traité de Lisbonne nous permettra, entre autres, de pouvoir participer aux débats et coopérer à la création des autres règles et des autres projets. Personne ne pourra nous prendre cela, nous devons coopérer comme un état de 10 millions d'habitants et non pas comme une grande puissance que nous ne serons jamais. Nous devons chercher nos alliés. Le traité nous permet d’en avoir et si même les Britanniques, les Polonais ou les Suédois ne le redoutent pas, alors je ne vois pas une seule raison pour laquelle les tchèques devraient avoir peur.


Martin VESELOVSKÝ, animateur :
D’après vous, le président Václav Klaus est-il désormais dans l’obligation de signer ce traité après que les deux chambres du parlement l’ont signé et ont conseillé sa ratification ?

Alexandr VONDRA, vice-premier ministre pour les affaires européennes, sénateur /ODS/ :
Je pense que oui et cela résulte d’ailleurs de la promesse qu’il a faite de respecter la constitution et les lois de ce pays. Et qui signe les lois ? Le parlement, plus précisément les deux chambres du parlement. Si l’assemblée nationale et le sénat ont exprimé leur accord avec ce traité, alors je m’attends à ce que le président respecte ce fait. Je ne suis pas un juriste mais je pense que politiquement, c’est une évidence, que même nos juristes se mettront d’accord à ce sujet. Ce serait un acte sans précédent si, notamment dans le cas d'un traité international, le président refusait de respecter la volonté incontestable des législateurs.

Martin VESELOVSKÝ, animateur :
Oui, mais pardon, monsieur le vice-président, encore une petite remarque technique. En d’autres mots, le traité de Lisbonne est-il aujourd’hui mort ou non ?

Alexandr VONDRA, vice-premier ministre pour les affaires européennes, sénateur /ODS/ :
Non, il n’est pas mort. Il n’est mort que selon les paroles de Václav Klaus. Personne en Europe parmi les gouvernements concernés n’a jamais utilisé un tel adjectif puisque même les irlandais et leur gouvernement ont demandé aux 26 états membres de l’Union européenne le droit de représenter le traité pour ratification. Et ils ont tous accepté. Maintenant, on travaille sur un texte qui sera présenté pour le vote populaire. La date de vote doit aussi être décidée. Cette décision n’a pas encore été prise mais je suppose que ce sera en automne. Et il est donc impossible de parler d’un texte mort de ce point de vue, ce n’est vraiment pas adéquat.

Martin VESELOVSKÝ, animateur :
Dernière question. Existe-t-il dans le traité de Lisbonne « une issue de secours », pour le cas où, malgré la majorité qualifiée de l’Union européenne, la République tchèque décidait d'imposer son opinion ?

Alexandr VONDRA, vice-premier ministre pour les affaires européennes, sénateur /ODS/ :
Bien sûr, dans certains domaines, cela existe. … Par exemple, si nous ne sommes pas d’accord, nous avons la possibilité de ne pas participer à cette politique. Ce n’est pas une obligation, nous sommes tout simplement en minorité mais nous ne sommes pas obligés de faire partie de cet engagement. Et même, … nous pouvons quitter l’Union européenne. Cela est permis par le traité de Lisbonne si quelqu’un souhaitait le faire.


Les paroles de Klaus sur le traité : « Je les considère comme une dénégation de l’évolution de l’histoire du peuple tchèque, à la limite de son rôle constitutionnel ». (Jiří Paroubek, président de ČSSD à PRÁVO le 7 5. 2009.)



Fait à Štěpánov u Olomouce, le 14 mai 2009


 

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